Je vous partage le regard porté par Clément Durand , responsable de la programmation du cycle thématique de la démarche du devenir des métiers sur la place du geste dans les évolutions métiers, à partir d’un échange consacré à la robotique et à ses impacts possibles sur les métiers manuels.
Les représentations autour de la robotique humanoïde sont souvent nourries par des images spectaculaires, largement relayées dans l’espace médiatique. Ces démonstrations alimentent l’idée d’une automatisation rapide et massive des métiers manuels. Les constats issus de la recherche et des premiers usages invitent pourtant à distinguer les fantasmes technologiques de la réalité du travail.
Pour clarifier les enjeux, plusieurs grandes catégories de robots ont été distinguées :
- Les robots industriels classiques, présents depuis longtemps dans l’industrie et la logistique. Ils opèrent dans des environnements fermés, très contrôlés, sur des tâches répétitives et préprogrammées.
- Les robots collaboratifs (cobots), conçus pour assister l’humain dans son travail. Sortis de leurs cages, ils représentent une part croissante des installations (environ 10 % en 2023), mais restent cantonnés à des usages bien délimités.
- Les robots humanoïdes, très visibles dans l’espace médiatique, mais encore marginaux en volume et fortement dépendants de la supervision humaine. Une grande partie des démonstrations repose aujourd’hui sur de la téléopération.
Aujourd’hui, la robotique se montre efficace dans des environnements fermés, standardisés et fortement préparés. Dès que les situations deviennent variables (diversité des matières, imprévus, adaptation fine du geste) les limites apparaissent nettement. Or, cette variabilité constitue le quotidien de nombreux métiers manuels, en particulier dans l’artisanat et le bâtiment.
Les effets observés relèvent moins d’un remplacement des professionnels que d’un déplacement du travail et des gestes. Selon les contextes, la robotique peut automatiser certaines tâches ciblées, assister le geste pour réduire la pénibilité, ou déplacer l’intervention humaine vers la préparation, la supervision et la finition. Le métier évolue, sans disparaître.
Ces transformations interrogent directement les compétences mobilisées et la manière dont elles sont transmises. Certaines deviennent moins centrales, d’autres prennent de l’importance : anticipation, organisation, compréhension des systèmes techniques, capacité à juger et à ajuster. Le geste professionnel demeure, mais se recompose.
L'on pourrait ainsi catégoriser, trois types d’effets sur les métiers :
- L’automatisation ciblée, possible lorsque les tâches sont fortement cadrées et répétitives. Elle concerne souvent une partie seulement du métier.
- L’assistance au geste, qui vise à réduire la pénibilité, sécuriser le travail ou améliorer les conditions physiques sans supprimer l’intervention humaine.
- Le déplacement du geste, lorsque l’intervention humaine se situe davantage en amont (conception, préparation) ou en aval (contrôle, finition).
Pour la formation, l’enjeu n’est pas de céder aux promesses technologiques, ni de les ignorer, mais de faire des choix éclairés : quels gestes conserver et transmettre, lesquels accompagner ou transformer, et pour quelles raisons. La robotique n’annonce pas un bouleversement brutal des métiers manuels, mais une évolution progressive, qu’il est préférable d’analyser à partir du travail réel plutôt que des fantasmes.
Pour aller plus loin le groupe du Devenir des métiers réalisent sa veille sur DuMétier vous pouvez :
- Partager vos sources d'information via la causerie dédiée :
HuMain, Quelle place du geste dans les évolutions métiers ?
- Suivre les publications sur le sujet via les dossiers dédiés :





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