Désigner un produit ou un savoir‑faire ne suffit pas toujours pour assurer sa protection juridique. Ce qui suit concerne un cas récent portant sur les métiers du goût. Les préconisations s'appliquent à tous les métiers.
1/ Droit des marques : de quoi s'agit-il ?
En quelques mots, une marque permet d'identifier et représenter précisément un produit ou un service.
La marque fait l'objet d'un dépôt permettant à son titulaire de protéger et exploiter son savoir-faire en le distinguant de celui de ses concurrents.
2/ Vigilance à tenir en cas de viralité
Si un terme décrit précisément le produit, le concept, la recette (pour les métiers du goût) ; la marque s'affaiblit d'autant plus si la viralité et la tendance sont importantes.
Opter pour un terme distinctif contribue à une meilleure sécurisation de son savoir-faire et évite les mauvaises surprises si contrefaçon.

Le « crousty » : viralité et fragilité des signes dans le secteur alimentaire
« Crousty » : un concept viral… mais une marque fragile ? Par une ordonnance de référé du 18 mars 2026, le Tribunal judiciaire de Paris rejette les demandes fondées sur les marques « Tasty Crousty » et rappelle une règle essentielle en droit des marques : un signe trop évocateur bénéficie d’une protection limitée. La société titulaire des marques reprochait à un concurrent d’utiliser le signe « Le Tasty Original » et invoquait des actes de contrefaçon, de concurrence déloyale et de parasitisme.Le tribunal écarte ces arguments. À retenir : Le terme « tasty », signifiant « savoureux », est considéré comme descriptif pour des services de restauration ; L’association avec le terme « crousty », pourtant présenté comme un néologisme, ne suffit pas à conférer au signe une force distinctive élevée ; En référé, cette faible distinctivité ne permet pas de caractériser une atteinte vraisemblable aux droits de marque. Les juges soulignent également que la reprise d’un concept culinaire à succès ne constitue pas, en elle-même, un acte de concurrence déloyale ou de parasitisme. Les idées restent de libre parcours et leur appropriation suppose la démonstration d’une faute ou de la captation d’une véritable valeur économique individualisée. Plus largement, cette décision met en lumière un phénomène contemporain : la viralité peut contribuer à banaliser un signe. À mesure qu’un concept est repris sur les réseaux sociaux et par de nombreux opérateurs, le public peut finir par y voir non plus l’indication d’une origine commerciale, mais simplement la désignation d’un type de produit ou d’une recette. Pour les titulaires de marques, cette banalisation n’est pas sans risque : multiplication des usages concurrents difficiles à combattre ; affaiblissement du caractère distinctif du signe ; et, à terme, exposition à des mécanismes tels que la forclusion par tolérance ou la déchéance pour dégénérescence. Enseignement clé : Choisir une marque très évocatrice peut constituer un atout marketing, mais aussi une faiblesse juridique. Plus un concept devient viral et se diffuse largement, plus il peut être difficile d’en revendiquer l’exclusivité et d’assurer une protection efficace.
3/ Les aspects clés pour construire une marque solide
Trouver un signe distinctif est insuffisant. Identifier et déposer les éléments suivants sont complémentaires et indispensables :
- un logo ;
- une couleur distinctive ;
- un slogan ;
- une typographie spécifique ;
- selon les situations : un son, un motif, un hologramme.
Le dépositaire doit tenir compte :
- de la protection des dessins et des modèles ;
- de la recherche d'antériorité ;
- du risque de dégénérescence ;
- de la protection internationale.
4/ Pour aller plus loin
En complément, le Code de la Propriété intellectuelle (CPI) distingue plusieurs points dont il faut tenir compte.
Caractère distinctif insuffisant (marques descriptives ou évocatrices)
Article L711‑2 CPI définissant les signes dépourvus de caractère distinctif, notamment :
- les signes descriptifs d’une caractéristique du produit ou service ;
- les signes usuels dans le langage courant ;
- les signes devenus usuels par l’usage induisant la dégénérescence.
Article L714‑6 CPI : un concept viral banalise le nom de la marque.
Retrouvez toutes les ressources utiles pour vous accompagner dans vos démarches sur le site de l'INPI :
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