Conférence : « Pierre sèche et transition écologique »
Lors du salon ROCALIA édition 2025, j’ai eu l’opportunité d’assister à une conférence portant sur la pierre sèche, animée par Christèle Colliot – Ingénieure agronome, spécialisée en développement durable, agroécologie et formation. La dirigeante de la startup Agro&Co, nous a présenté ce patrimoine architectural sous un angle à la fois historique, écologique et pratique tout en abordant l’aspect financement.
Un savoir-faire millénaire, au cœur des enjeux contemporains
La pierre sèche n’est pas seulement un héritage traditionnel : c’est un savoir-faire ancien profondément adapté aux défis actuels du changement climatique et de la transition écologique. Les structures en pierre sèche se composent typiquement d’un mur de parement et d’un assemblage interne. Leur construction ne requiert pas de liant, ce qui favorise une perméabilité bénéfique aux sols et aux micro-écosystèmes.
Intérêt de ce type d’ouvrage :
• Les murs et terrasses agricoles ou restanques (« bancau » en provençal) limitent l’érosion, participent au drainage naturel, réduisent le ruissellement et contribuent à maintenir la fertilité du sol ;
• Ils valorisent les ressources locales disponibles (pierre, main-d’œuvre, savoir-faire) ;
• Ils favorisent une inertie thermique utile pour les cultures et offrent une bonne exposition au soleil.
Ces ouvrages s’inscrivent dans une logique écosystémique fonctionnelle : ils améliorent la résilience alimentaire, soutiennent la biodiversité, réduisent l’usage d’eau et d’engrais chimiques, tout en participant à la création d’emplois locaux et au tourisme durable.
Enjeux actuels et défis
Malgré ces divers avantages, plusieurs facteurs limitants nuisent à leur maintien et leur développement tels que :
• La mécanisation agricole et la sécurité des parcelles engendrant parfois la destruction de ce type de structures traditionnelles ;
• Le manque de transmission du savoir-faire et de main-d’œuvre qualifiée engendrant des défaillances d’entretien : brèches, mauvais drainage, chemins d’eau indésirables, engorgement des réseaux (apparition de goulots d’étranglement) et appauvrissement de la fertilité des sols.
Une solution ancrée dans l’agroécologie contemporaine
La pierre sèche s’inscrit pleinement dans des approches systémiques : agroécologie, agriculture régénératrice, conservation des sols et hydrologie. Elle peut contribuer à la renaturation des espaces urbains et ruraux, notamment grâce aux interactions mur-culture, aux apports pour la faune auxiliaire et à la gestion naturelle de l’eau (rosée, microclimats). L’objectif est de capitaliser scientifiquement et empiriquement ces pratiques pour les rendre reproductibles dans les régions chaudes et méditerranéennes tout en visant le public le plus large possible.
Aides et financements pour la réhabilitation des murs en pierre sèche
Pour encourager la restauration et la création d’infrastructures en pierre sèche, plusieurs dispositifs de financement existent — des aides locales jusqu’aux programmes nationaux et européens.
- Appels à projets agroécologiques régionaux
Certaines Chambres d’agriculture ou collectivités pilotent des appels à projets pour des infrastructures agroécologiques incluant la création ou la restauration de murs en pierre sèche. Ces appels couvrent généralement les coûts selon des devis détaillés et s’adressent à des exploitants ou structures agricoles sur des territoires définis.
- Fondation du patrimoine – Programme Patrimoine naturel et Biodiversité
La Fondation du patrimoine soutient des projets de restauration favorables à la biodiversité, y compris les murets en pierre sèche, via son Programme Patrimoine naturel et Biodiversité. Ce programme valorise à la fois les patrimoines paysagers et naturels, tout en préservant les habitats et espèces associées à ces milieux.
- Financements européens (FEDER / Interreg)
Des projets structurants, comme l’inventaire, la restauration et la valorisation de la pierre sèche dans des contextes transfrontaliers (ex. Grande Région – France, Luxembourg, Belgique), ont été co-financés par le Fonds européen de développement régional (FEDER). Ces programmes peuvent couvrir plusieurs aspects, de la conservation du paysage à la promotion de formations spécialisées.
- Paiements pour Services Environnementaux (PSE)
Les PSE sont des dispositifs publics qui rémunèrent les agriculteurs pour des actions apportant des services environnementaux — tels que la préservation de la biodiversité, la protection des sols ou la gestion durable de l’eau. Ces programmes permettent à la maîtrise d’ouvrage (collectivités, agences de l’eau, associations) de financer des pratiques agroécologiques, lorsque celles-ci rendent des services quantifiables.
- Certification Haute Valeur Environnementale (HVE)
La certification HVE est une démarche volontaire de progrès environnemental pour les exploitations agricoles. Elle valorise des pratiques respectueuses des écosystèmes — depuis la biodiversité jusqu’à la gestion de l’eau — et peut ouvrir l’accès à des soutiens publics (éco-régimes, crédits d’impôt, etc…).
Conclusion :
La pierre sèche représente aujourd’hui bien plus qu’un héritage paysager : c’est une solution agroécologique viable, capable de répondre aux défis climatiques, environnementaux et socio-économiques d’aujourd’hui et de demain. En alliant transmission des savoirs, restauration des ouvrages traditionnels, valorisation locale des ressources et mobilisation des financements publics et privés, nous pouvons promouvoir des territoires plus résilients, durables et vivants.
Pour en savoir plus : https://www.linkedin.com/in/christ%C3%A8le-colliot-ecomur/



Pour laisser un commentaire, veuillez vous connecter ou vous inscrire.
S’inscrireSe connecter