Les études présentées au congrès 2026 de Coédis et l'entretien accordé par son président José Pretot — dressent un état des lieux détaillé du marché de la distribution CVC. On y parle de prix, de logistique, de financement, de souveraineté industrielle. On n'y parle jamais de compétence. Pourtant, les chiffres publiés ne parlent que de cela.
Un aveu déguisé en attente de service
Le chiffre est présenté sobrement, au milieu d'autres : 84 % des installateurs jugent le conseil technique important chez leurs fournisseurs. Les études le classent parmi les attentes de service, aux côtés de la disponibilité des produits et de la rapidité de livraison.
Mais lu autrement, ce chiffre dit autre chose. Quand plus de huit entreprises sur dix ont besoin que leur distributeur les aide à choisir une solution technique et à préparer un chantier, la question n'est plus commerciale. Elle est celle du niveau de compétence disponible dans l'entreprise qui pose.
Un conseil au comptoir est utile. Il ne remplace pas un technicien capable de dimensionner, d'équilibrer, de régler et de diagnostiquer. Le premier est un service ; le second est un métier.
Le décalage numérique : 65 % contre 67 %
Second signal, plus net encore. 65 % des distributeurs déclarent utiliser ou tester des outils d'intelligence artificielle. 67 % des installateurs ne jugent pas ces outils très utiles.
Les études qualifient cela de paradoxe. C'est plutôt un écart de génération technique. D'un côté, une profession qui s'outille ; de l'autre, une profession qui ne perçoit pas encore l'intérêt de ces outils — probablement parce qu'elle n'y a pas été formée.
Ce décalage se joue au moment précis où la valeur d'une installation se déplace du matériel vers la régulation, la GTC et la GTB. Un équipement performant mal paramétré ne tient pas ses promesses. Et un professionnel qui ne maîtrise pas la chaîne numérique de son installation ne peut pas en garantir la performance.
Pendant ce temps, le marché est contourné
Les chiffres du congrès sont sans ambiguïté. La distribution professionnelle ne conserve plus que 50 % des circuits de vente, en recul de 5 points sur le seul génie climatique. Sur la pompe à chaleur, le chiffre d'affaires progresse de 36 % mais les distributeurs y perdent 7 points de parts de marché. Sur la ventilation, 18 % de croissance pour 8 points perdus.
Les nouveaux entrants — énergéticiens, délégataires CEE, intégrateurs photovoltaïques, grandes surfaces, cuisinistes — n'entrent pas par la technique. Ils entrent par le financement et par l'accès au client final.
José Pretot en tire un avertissement : le CVC doit faire filière, sinon il sera contourné. La formule est juste. Mais faire filière suppose de nommer ce qui, dans cette filière, ne peut pas être délocalisé, ni désintermédié, ni acheté : le geste professionnel.
Ce que la technique ne pardonne pas
Le débat sur l'électrification, largement présent dans ces deux publications, éclaire le sujet. Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, juge qu'électrifier pour électrifier ne sert à rien. Benjamin Auzéau (DSC Saint-Gobain) rappelle que la moitié du parc de logements reste chauffée aux énergies fossiles. José Pretot plaide pour la décarbonation plutôt que pour une énergie unique, gaz verts et PAC hybride compris.
Cette lucidité a une conséquence directe, rarement formulée : le professionnel du génie climatique de demain devra maîtriser plusieurs énergies, plusieurs technologies et leur interfaçage. Pas une spécialité, mais un métier large avec des spécialités reliées entre elles. C'est un enjeu de formation avant d'être un enjeu de marché.
Et le marché, lui, est là : le segment CVC progresse de 21,5 %, très loin devant l'électricité (+9,5 %). La demande existe. La question est de savoir qui aura les bras et les têtes pour y répondre.



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