Publications

La chaire à prêcher de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume

Par Philippe Conan - Modifié Il y a 3 semaines

Lecture plus 10 minutes

La chaire à prêcher de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume

Philippe Conan

Les origines


On ne peut pas parler de la chaire à prêcher de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume sans évoquer l’histoire qui s’y rattache. Certains parlent d’histoire, de légende ou encore de tradition pour relater des événements qui remontent à plus de deux mille ans jusqu’à nos jours.


L’histoire de cette chaire à prêcher commence il y a bien longtemps puisqu'elle est reliée à Marie-Madeleine, une disciple de Jésus. La chaire comporte sept panneaux sculptés retraçant l’histoire de Marie-Madeleine, celle-ci étant une figure importante du christianisme et des Compagnons du Devoir.


Marie-Madeleine est la patronne du compagnonnage et elle est aussi le modèle de l’homme déchu qui revient sur le droit chemin une fois éclairée par la grâce du Christ. De même, le Compagnon, guidé par la règle et le Devoir s’amende et se corrige jusqu’à atteindre l’état de Compagnon fini. Cela explique pourquoi les Compagnons de tous les métiers viennent en ce lieu de pèlerinage et pas seulement les métiers du bois comme en attestent les nombreuses inscriptions griffonnés jusque sur la chaire elle-même.


Marie vivait dans une maison du bourg de Béthanie située à quelque trois mille pas à l’est de Jérusalem. Marie vivait dans cette demeure avec sa sœur Marthe et son frère Lazare. Selon certains historiens, Marie habitait le village de Magdala et par définition fut nommée Marie la Magdaléenne puis Marie-Madeleine.


Marie-Madeleine pleurait ses péchés aux pieds de Jésus, elle baignait ceux-ci de ses larmes, elle les essuyait avec ses cheveux et puis elle les oignit d’huile parfumée. Voici ce que nous disent les différentes évangiles.


Après la mort de Jésus, elle assiste à la résurrection de celui-ci, et fut la première à le voir. Jésus lui dit «Noli me tangere» ce qui signifie « Ne me touche pas ». Par la suite les chrétiens furent persécutés et c’est ainsi que Marie-Madeleine fut jetée à la mer sur une barque sans rame ni voile depuis les rivages de la Palestine.


Avec elle, sur cette barque, il y avait son frère Lazare, sa sœur Marthe, Salomé, Marie Jacobé, leur servante Sara, Sidoine l’aveugle-né et Maximin. Ils dérivèrent jusque sur la côte provençale puis ils se dispersèrent pour répandre l’évangile.


Lazare ira à Marseille et sera le premier évêque de cette ville, Marthe remontera vers le Rhône, Maximin s’établira à Aix et Marie-Madeleine se rendit sur les hauteurs du massif de la Sainte-Baume dans une grotte. Elle vécut pendant trente ans dans cette grotte, celle de la Sainte-Baume. En provençal le nom de « santo baume » signifie « sainte grotte ».


Maximin dirigeait la communauté d’Aix et venait souvent dans le village qui porte aujourd’hui son nom. C’est là que mourut Marie-Madeleine, dans les bras de Maximin et son corps fut enterré dans une crypte comblée afin de la protéger des invasions.


Ces grandes invasions du Ve siècle par les Visigoths, les Francs au VIe siècle, celles des Sarrazins au VIIe siècle ainsi que les guerres de religion et les destructions révolutionnaires ont considérablement anéanti tout espoir de retrouver des traces de cette histoire.


Néanmoins, des pèlerinages à la Sainte Baume sont constatés et confirment la venue des papes Etienne IV en 816, Jean VIII en 878 et du roi Boson Ier de Provence. Plus tard, ce sera les papes Pascal II en 1102, Innocent II en 1133 et Eugène III en 1150 qui mentionnent les tombeaux de saint Maximin et de sainte Marie-Madeleine. La Sainte-Baume est un lieu important de la chrétienté en occident et fait l’objet de nombreux pèlerinages depuis des siècles.


Un document daté existe, il fut retrouvé en 1279 lors de fouilles réalisées à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume par le neveu de Saint-Louis, Charles II d’Anjou, roi de Sicile et Comte de Provence. Ce document est un parchemin daté de 715, expliquant que le corps de Marie-Madeleine avait été transféré dans un autre tombeau afin que les ossements soient protégés des invasions.


Après cette découverte, une enquête canonique est approuvée par le pape Boniface VIII. Il se prononce en faveur de l’authenticité des reliques trouvées en Provence. Dès lors, Charles II d’Anjou demande au pape le droit de construire une basilique pour protéger la châsse (1) dans laquelle étaient les reliques de Sainte Marie-Madeleine.


Boniface VIII confie également la garde de Saint-Maximin et de la Sainte-Baume aux Frères Prêcheurs de Saint-Dominique dont Marie-Madeleine  est la patronne (dans l'Ordre des Dominicains, Marie-Madeleine s'appelle l'apôtre des apôtres). Les Dominicains remplacent donc les moines bénédictins de l’abbaye Saint-Victor.


Le 20 juin 1295, l’évêque de Marseille est mandaté par le pape, celui de Sisteron par le roi Charles, afin d’investir les Dominicains dans leur mission. Le roi Charles allouera des indemnités aux Bénédictins dépossédés des lieux.


C’est alors en automne 1295 que la première pierre de cet édifice fut posée. La construction de la basilique est confiée à l’architecte Pierre le Français puis à Jean Baudici et à bien d’autres encore, vu la longévité du chantier. En parallèle il y a la construction du couvent qui s’effectuera sans interruption car c’est là que seront installés les Frères Prêcheurs.


Ainsi la construction de la basilique prendra du retard et il faudra 237 ans pour voir le projet aboutir, ou presque, en 1532. En effet l’on peut remarquer que certains éléments architecturaux n'ont pas été construits, comme la tour du clocher latéral, ou que la façade extérieure n’est pas terminée et ne comporte pas de rosace, pourtant dessinée sur le mur derrière l’orgue.


Il me semblait important de parler de ces quelques éléments d’histoire de la basilique afin de bien comprendre la beauté de cet édifice lorsque l’on passe la porte.


Plan de la basilique et du couvent


La basilique et les œuvres d’art


Définition d’une basilique :

C’est une église catholique qui a une valeur commémorative, consacrée au culte d’un saint. Des privilèges particuliers sont accordés à ceux qui viennent y prier, en pèlerinage ou vénérer des reliques.



Les dimensions 


La nef mesure 73 mètres  de longueur.

La largeur est de 27 mètres et en y comprenant les chapelles qui ont chacune 5m de profondeur, la largeur totale est de 37 mètres

La hauteur est de 30 mètres


La construction est faite sur un plan basilical à trois nefs dont la partie centrale comporte neuf travées et se termine par une abside heptagonale. Chaque collatéral (ou bas-côtés) a huit travées auxquelles correspondent des chapelles. La basilique n’a pas de transept, de tribune, de déambulatoire, de triforium ni de galerie, ce qui en fait une architecture assez sobre mais reste majestueuse.


A noter que la chapelle Sainte-Anne, patronne des menuisiers, se situe sur la droite entre le 2e et le 3e pilier au niveau des stalles. En face, il y a la chapelle Saint-Joseph, patron des charpentiers.


L’ensemble est vouté de croisées d’ogives (style gothique) et les murs ont trois niveaux de construction, percés de fenêtres à meneaux. Les piliers sont de forme octogonale. La crypte comprenant les reliques de Sainte Marie-Madeleine se situe à côté du 6ème pilier ou se trouve la chaire à prêcher. Des fouilles archéologiques ont découvert un monument funéraire du IVème siècle à l’emplacement actuel de la crypte.



Les œuvres remarquables 


  • Dans les chapelles latérales toutes les boiseries, retables ou autels sont remarquables, ainsi que des peintures et sculptures.


  • Les boiseries en noyer sculpté qui composent les stalles datent de 1692. Elles sont au nombre de 92 et 22 médaillons représentent les saints Dominicain. Le frère Vincent Funel (1648-1694), menuisier et architecte du couvent de Saint-Maximin, est le sculpteur des stalles, anges et crucifix. Il a aussi réalisé les médaillons à l’entrée du chœur : Justice, force, prudence, tempérance et l’extase de saint Dominique. Les frères Vincent Dureux (1167-1733) du couvent de St-Maximin et le frère Dubois du couvent de Bordeaux le secondent ainsi que des sculpteurs laïcs.


  • Le retable de la crucifixion réalisé par Antoine Rozen en 1520 et celui de l’Assomption de la Vierge.


  • La crypte avec le reliquaire de Sainte Marie-Madeleine ainsi que les sarcophages datant du IVème siècle.


  • Le grand orgue datant du XVIIIème siècle est l’œuvre du frère Jean-Esprit Isnard (1707-1781), dominicain du couvent de Tarascon. Le frère Louis Gaumain (1676-1720), du couvent de St-Maximin, menuisier et sculpteur, a travaillé en 1707 sur le premier buffet d’orgue qui sera déplacé à l’église de Tourves quand le frère Isnard crée le sien. On peut lire l’inscription suivante sur l’orgue : « cet orgue à esté fait par frère J. Isnard et son neveu, l’an 1773 ». L’orgue se compose d’un double buffet, 4 claviers, 43 jeux et 2960 tuyaux. Le frère Jean-Esprit Isnard a aussi créé et restauré les orgues à Aix, Arles, Marseille, Nîmes et Mende. Il construit l’orgue de son couvent à Tarascon en 1754.


  • Le Chœur avec le maître autel. Dessin d’aménagement du chœur réalisé par le sculpteur Joseph Lieutaud en 1678. Restauration confiée aux sculpteurs marbrier Lazare et Félix Veyrier en 1697 (carrière de Trets à côté de St-Maximin, marbre jaspé, couleur jaune veiné de rouge). Une urne en porphyre réalisé par Sylvio Calci et Alessandro Algardi (chiens et statue de Marie-Madeleine) livrée en 1635. Les grilles du chœur ont été réalisées par François Peironi, serrurier à Aix-en-Provence en 1692. 


  • Les boiseries de la sacristie réalisé en 1752, le retable de la chapelle Marie-Madeleine avec les colonnes corinthiennes, sont l’œuvre du frère Louis Gudet (1722-1785). Il était originaire de Tournus en Bourgogne.


  • La chaire à prêcher avec les sept panneaux sculptés, les quatre évangélistes et le ravissement de Marie-Madeleine sur l’abat-voix sont réalisée par Louis Gudet en 1756. 



La majeur partie des œuvres citées sont classées « Monument historique ». L’étude de chacune d’entre elle fait l’objet de différentes recherches artistiques, techniques ou encore architecturales.



Description de la chaire à prêcher



L’escalier :


Le limon est en courbe régulière, mouluré sur toute la largeur. Les marches, au nombre de 10, sont profilées avec une doucine. Les contremarches sont réalisées avec des cadres assemblés, munis de moulures à petit cadre et panneaux à glace. Celles-ci sont chanfreinées en contre-parement afin de laisser le passage pour le plafond rampant (voir détails de coupe de la reproduction). 


Photo : Christian Maloizel



Le plafond rampant :


Il se compose de 3 éléments constitués de moulure grand cadre et panneau à plate-bande. La difficulté dans la réalisation des moulures à grand cadre réside dans le fait qu’elles sont gauches, chantournées et gainées en même temps (voir dessin de la reproduction).


Photo : Jean-Baptiste Warluzel



La rampe :


Le poteau de départ est cintré en plan suivant la courbe de l’escalier et en « S » en élévation. Il est entièrement mouluré et donne au départ un magnifique visuel. La rampe est à la fois courbe et aussi galbée en « S » (en coupe verticale), ce qui en fait son élégance. Les montants et traverses qui composent la rampe sont à moulure grand cadre usinés dans la masse de bois. Les 3 panneaux à plate-bande qui la constitue sont entièrement sculptés.


La difficulté d’exécution est considérable vu la forme de la moulure qui est dite « refouillée », c’est-à-dire que la moulure est profilée avec un certain relief qui impose l’usinage sur le plat et sur le chant de la pièce de bois (voir profil C dans le livre de Louis Gudet).



                

Photo : Jean-Baptiste Warluzel             Photo : Philippe Conan



La cuve :


La vue en plan se compose de plusieurs formes géométriques planes connues. En partant de la gauche c’est une doucine, au centre un chapeau de gendarme, à droite de nouveau une doucine et pour faire le raccord avec le pilier, un arc de cercle et une partie droite. Tous ses tracés géométriques sont reliés par une portion de droite ce qui fait que les arêtiers (les montants) se trouvent sur 3 plans : curviligne-droit-curviligne. En élévation (coupe verticale) la cuve est aussi galbée en « S » comme la rampe. Les montants et traverses sont eux aussi profilés avec une moulure grand cadre refouillée réalisés dans la masse. On remarquera que la forme de la moulure est différente sur chaque cotés constituant la cuve. Les 4 panneaux sont à plate-bande et entièrement sculptés.



              

Photo : Jean-Baptiste Warluzel        Photo : Philippe Conan


Les 7 panneaux sculptés qui composent la chaire à prêcher retracent la vie de Marie-Madeleine comme je l’ai évoqué au début de l’article.


On retrouve successivement en partant du bas de la rampe : 1 - Marie-Madeleine écoutant la prédication du Christ, 2 - Elle répand de l’huile parfumée sur les pieds du Christ chez Simon le pharisien, 3 - Elle assiste à la résurrection de Lazare, 4 - Elle accueille le Christ à Béthanie, 5 - Elle est prostrée au pied de la croix, 6 - Elle est près du tombeau, voit et entend un ange lui annoncé la Résurrection, 7 - Elle est dans le jardin, reconnais le Christ qui lui dit « Noli me tangere ».



Le cul-de-lampe :


C’est une succession de moulures imposantes qui se termine par une pomme de pin sculptée. Toutes les moulures reprennent les plans curvilignes de la cuve. Des sculptures haut-relief ornent le cul-de-lampe et représentent un lion, un enfant, un aigle et un bœuf. Selon les évangiles, le lion représente Saint Marc, l’enfant Saint Matthieu, l’aigle Saint Jean et le bœuf Saint Luc. Toutes ces figures sont entourées de feuilles d’acanthe et autres volutes. 


    

Photos : Philippe Conan



L’abat-voix :


Au-dessus de l’abat-voix Marie-Madeleine est portée par les anges et sous l’abat-voix, une colombe est sculptée et dorée, représentant le Saint Esprit. 


Photo : Jean-Baptiste Warluzel



Les lambris qui habillent le pilier :


La majorité des cadres qui entourent le pilier en pierre sont cintrés en plan avec des traverses chantournées. Toutes les traverses ont un chantournement différent et les moulures ne sont pas les mêmes suivant les cadres. On retrouve toutes ses moulures dans le livre de Louis Gudet : Nouveau livre de moulures en profils, paru en 1749.


                          

Photo : Jean-Baptiste Warluzel                Photo : Philippe Conan




La copie de la chaire à prêcher au siège de Marseille


L’origine de la copie de la chaire à prêcher de Saint-Maximin-la-Sainte-Baume est le thème du congrès des Compagnons menuisier du Devoir à Marseille en 1986 :

« Les plafonds rampants ».


L’échelle de reproduction est au 2/3 avec toutes les réductions de profils que cela implique. La réalisation est faite en noyer, comme l’original, et à demander de nombreux mètres cubes de bois.


Les heures nécessaires aux relevés de mesures, à la réalisation des épures de trait et à l’usinage des pièces de bois sont considérables comme on peut se l’imaginer. Le travail manuel a eu une part très importante, le maniement des outils et la façon d’appréhender la matière reste une expérience de vie exaltante propre à nos métiers ou il y a transformation de la matière.


La réalisation des différentes parties de la chaire à prêcher nécessite la connaissance de la géométrie descriptive et plus particulièrement du « Trait ». Le trait en menuiserie consiste à obtenir par le biais de plan en 2 dimensions, des pièces de bois en 3 dimensions. Cette discipline du « trait en menuiserie » est ainsi transmise depuis des siècles.



L’escalier et le plafond rampant :


L’escalier et le plafond rampant sont réalisés par  le compagnon Maloizel Christian en 1986, sujet du congrès de Marseille.


Tracé du plafond rampant

     

Photos : Christian Maloizel


Le limon est réalisé en une seule pièce, ainsi il faut s’imaginer une masse capable de plus de 2 mètres de longueur. Pour le chantournement de celui-ci, il a donc fallu surélever la scie à ruban et l’incliner afin de pouvoir effectuer le sciage.


Pour réaliser le gauche des morceaux de bois composant le plafond rampant, un astucieux système de gabarit a permis de les usiner à la raboteuse. Une partie des moulures à grand cadre est réalisé avec une toupie portative appelée plus communément dans le métier « la mobylette ». Ensuite le travail de raccord des moulures s’est fait à l’aide des gouges de sculpteur.


     

Photos : Christian Maloizel



La cuve et le cul de lampe :


La cuve et le cul-de-lampe sont le travail de réception du Compagnon Conan Philippe en 1989.


Des gros fils à plombs à piquer, des niveaux, des panneaux de contreplaqué et autres peignes à moulures seront nécessaires pour effectuer le relevé de mesures.


Les plombs


Peigne à moulure réalisé sur mesure pour effectuer le relevé du « S » sur la cuve


Après avoir fait le relevé de mesure sur la chaire à prêcher, vient la réalisation des épures avec les différentes phases de tracé. Il s’agit de tracer la vue en plan, la coupe verticale, le développement et la projection des bois afin de trouver les masses capables qui serviront à réaliser les différentes parties de l’ouvrage. Pour les arêtiers, les sections de bois seront de 650 mm x 180 mm x 180 mm, ainsi plusieurs billes de noyer seront nécessaires à la réalisation de l’ouvrage.


Les plans


Vue en plan et projection des arêtiers


      

Coupe verticale          Développement             Coupe verticale du cul de lampe



Une fois l’épure terminée, il faut réaliser les gabarits d’usinage afin de donner la forme finale à nos morceaux de bois. Comme les gabarits étaient très nombreux, 25 « S » en tout, il a été nécessaire de faire un montage d’usinage pour réaliser tous les « S » souhaités et voici la manière dont ils ont été faits :



                        

1- fixé le gabarit sur le montage                   2- usiner le côté extérieur en partant du bas


                          

3- arrivé sur la butée, usiner vers le haut   4- décaler la défonceuse et usiner l’autre chant



Une partie des gabarits réalisés avec ce système


Après le traçage des arêtiers, il faut les chantourner à la scie à ruban et faire l’angle de corroyage. Des gabarits de chaque section seront réalisés dans du stratifié afin de respecter les courbes intérieur et extérieur.


            

Arêtier chantourné                    Tracé de la section en bout



Gabarits en stratifié



Vérification sur l’épure 


                       

Ensuite vient la réalisation des coupes, des ravancements et des mortaises. Là aussi, un montage a été fait pour orienter la pièce de bois en fonction des angles que la mortaise devait avoir.




L’arêtier est fixé sur un panneau suivant l’angle de la mortaise pris sur la coupe verticale. Le panneau est muni d’une charnière fixée à la table de la machine. Ensuite il suffit de mettre le presseur à vis en position verticale pour pouvoir régler l’angle qui, cette fois, est pris sur la vue en plan. On remarquera sur la gauche de l’arêtier qu’un faux tenon fait office de témoin d’alignement après avoir effectué la première mortaise.



                       

Affleurage des grands cadres avant la mouluration   


La mouluration est réalisée à la toupie avec un montage au « champignon » ce qui signifie que la table où sera posé notre bois sera bombée comme un chapeau de champignon. Sur la toupie un arbre de 20 mm est fixé dans l’angle de la table et permet un dégagement total.    


                     


Il faut prévoir des pièces d’essai avec des formes similaires aux arêtiers afin de répéter le mouvement plusieurs fois. Ce genre de toupillage demande beaucoup de concentration, de la poigne et l’on coupe son souffle lors de l’usinage. Cette façon de faire est maintenant interdite et pourra être réalisée avec une défonceuse en plusieurs fois avec des mèches différentes ou avec une machine à commande numérique.




Toutes les imperfections de toupillage sont rattrapées à l’aide d’un tarabiscot. Dans un prochain article je montrerai une des façons possible de réaliser les fers de celui-ci.


Pour réaliser les panneaux en « S » vue en plan et en coupe verticale, il suffit de fixer le gabarit de la coupe verticale à plat sur un panneau et usiner la masse capable pivotant sur le centre vue en plan.


 


                      

Usinage des panneaux à la toupie


Pour usiner l’intérieur du panneau c’est le même montage qui est utilisé et il faut évider le gabarit pour laisser passer l’arbre. En ce qui concerne le calibrage du panneau, on met une lame de circulaire sur l’arbre et il faut la régler à la même hauteur que l’axe de rotation. Le collage se fait ensuite sur des moules reprenant la forme du panneau.


Panneaux sur les moules de collage   


 

Montage final


Le débit des bois du cul de lampe se fait en prenant soin de poser les gabarits sur une même planche et à la suite, afin d’avoir le fil du bois qui se suit. Le calibrage de chaque pièce de bois se fait avec un gabarit et la moulure est toupillée à l’arbre (technique qui n’existe plus).


 

Débit des moulures formant le cul de lampe


Exemple des fers à toupie pour la mouluration contre l'arbre de la toupie


Moulure avec les trous de positionnement pour le collage


Finition de la partie basse du cul de lampe 


Pour la plus grande des moulures, celle-ci a été réalisée avec une scie circulaire portative avec un diamètre de lame correspondant au profil souhaité. Le déplacement de la scie circulaire s’effectue suivant les rayonnantes et la finition se fait avec un racloir de la forme de la moulure.



Le pilier et le socle :     


Le pilier et le socle sont le travail d’adoption de l’aspirant dit normand en 1989


          

Moulure du socle                        Assemblage avec le pilier


Le socle reprend la forme de la vue en plan de la chaire à prêcher et la moulure celle du limon. Les moulures sont débitées suivant les gabarits d’usinage dans une même planche afin que le fil du bois corresponde au niveau de chaque coupe. Comme les bois sont cintrés, les coupes elles aussi sont cintrées pour obtenir un raccord parfait. L’ensemble du socle reçoit un miroir pour refléter le plafond rampant et le cul de lampe.


Le pilier est réalisé avec des madriers et ceux-ci sont profilés comme la forme du lambris. De fortes équerres métalliques seront réalisées sur mesure par la corporation des métalliers afin de relier le socle au pilier.



La rampe :


La rampe de l’escalier est le travail de réception du Compagnon Denisselle Olivier en 1995.


Le travail d’épure se fait avec les différentes vues nécessaire et le traçage des courbes se réalise avec une cerce (petite bande de bois ou de plastique) maintenue avec des masses de plomb.



          


L’usinage du poteau de départ est réalisé avec un gabarit reprenant la coupe verticale en « S » et le cintre de la vue en plan. La moulure est défoncée dans la masse ainsi que la plate-bande. On remarquera le magnifique veinage du noyer.



Le sciage de la rampe se fait à la scie à ruban sur un berceau (contre-forme correspondant à celle du bois à découper). 




Le calibrage final avec le même berceau est fait à la toupie. Le gabarit du développement est fixé sur la pièce de bois courbe et se trouve guidé le long d’un tasseau en bois dur. On remarquera qu’il n’y a qu’une seule roue d’entrainement sur l’entraineur afin de gérer l’amenage de la pièce de bois courbe. Celle-ci est doublée afin que la pièce de bois courbe échappe le carter de l'entraineur.


   



        


Pour le sciage à la scie à ruban, des miroirs tenus sur la table de la machine permettent de vérifier le suivi du trait.



Montants mis en position, prêt pour le sciage 



    

Collage des traverses et face chantournée 


 



Photos de la reproduction et de l'original

           

Photos : Olivier Denisselle




Photo : Philippe Conan



Les sculptures :


Les sculptures des panneaux sont le travail de M. Jean-Paul Corsi qui était sculpteur à Beaucaire.








Un courrier de l’époque :


L’architecte François Romain, convers à Paris, reçoit une lettre du Maître de l’Ordre que notre provençal Jean-Esprit Isnard aurait pu lire : 


« On nous fait savoir, que vous entrez dans le couvent, que vous montez dans le dortoir portant les bottes, ayant un justaucorps qui couvre l’habit, tenant un fouet à la main, après être descendu de cheval à la porte du couvent. Nous souhaitons et nous vous ordonnons que vous sortiez et que vous entriez dans le couvent, à la manière ordinaire des religieux et que vous pouvez après, prendre tous les soulagements dont vous aurez besoin pour vous bien acquitter de l’emploi qui vous a été donné »


Note de texte : (1) le mot « châsse » vient du latin «capsa» qui signifie « boîte, caisse puis cercueil » et désigne un reliquaire contenant le corps d’un saint.






Bibliographie :


  • Le mobilier d’église, par les Compagnons Menuisiers du Devoir, Patrimoine et Tour d’Europe, mai 1990


  • La Sainte Baume, Ph. I. André-Vincent, édition Robert Laffont, n° éditeur 366


  • La Ste-Baume et l’église de St-Maximin, Auguste Geoffroy, 1855


  • Le couvent royal de Saint-Maximin en Provence, J. H. Albanés, 1880.


  • Les Compagnons, Chefs-d’œuvre, édition Hatier Littérature Générale 1966, ISBN : 2-7438-0039-9


  • Le livre d’or du compagnonnage, Jean Cyrille Godefroy, 1990, ISBN 2-86553-084-1


  • L’art religieux du XIIIème siècle en France, Emile Mâle, 1969 Paris librairie Armand Colin



Tous mes remerciements :


  • Au frère Jean-Philippe Rey du couvent de Bordeaux pour ses précieux renseignements.


  • A Jean-Baptiste Warluzel pour les photos de la Chaire à prêcher à St-Maximin-la-Ste-Baume.


  • Aux Compagnons Christian Maloizel et Olivier Deniselle, pour les plans, photos et renseignements.





Commentaires