Publications

Comment appréhender l'usage du bambou dans la conception et la réalisation d'ossature et de mobilier?

Par Mathieu Douerin - Modifié Il y a 8 mois

Lecture 6 minutes

Comment appréhender l'usage du bambou dans la conception et la réalisation d'ossature et de mobilier?

Baddy Abbas

          Le bambou est-il le futur acier vert mondial? La réappropriation de ce matériau traditionnel dans le cadre du développement durable défend des enjeux socioculturels et géopolitiques. De nos jours, le bambou devrait avoir un impact par la création d’une filière dans les pays les moins développés situé en zone tropicale. Cependant les constructions vernaculaires en bambou ont perdu au fil du temps une grande crédibilité. Cette représentation de la mémoire collective est due au manque de connaissances de mises en œuvre et d’un ressenti de matériau réputé pour « les pauvres ». Cependant la filière du bambou sera peut-être l’avenir de la construction pour une partie de la population mondiale, destiné à l’habitat social, géré à des échelles locales.


Il existe actuellement environ 2000 espèces de bambou reparties dans le monde, en revanche aucune d’entre elles est présente naturellement en Europe. À l’état naturel, le bambou pousse dans des forêts. Toutefois, de plus en plus de plantations apparaissent de nos jours. Le plus grand producteur mondial est la Chine. Il existe des milliers d’usages issus de cette plante : alimentaire, vannerie, artisanat, textile, papeterie, puces informatiques et composants semi-conducteurs… En revanche, seulement une cinquantaine d’espèces offrent des propriétés propices à la construction. Davantage d’acteurs s’intéressent à ce matériau en France, dans le but de mettre en place une production de marchandises à base de bambou pour la construction.


Le bambou possède des caractéristiques attrayantes pour sa mise en œuvre dans nos constructions. Pourtant ces caractéristiques découlent de nombreux facteurs tels que son espèce, sa condition de séchage, sa qualité… En règle générale, les espèces de bambou disponibles pour la construction possèdent un ratio résistance/ poids élevé. Ce ratio permet au bambou d’avoir une résistance à la compression supérieure au bois, au béton et à la brique et une résistance à la traction similaire à l’acier avec un poids nettement inférieur. Sachant que l’industrie de la construction est la plus grande consommatrice de ressources naturelles, les produits issus du bambou procurent une alternative non négligeable à faible teneur en carbone. En plus, les bambous disposent d’un système organique de rhizomes qui leur assurent une poussée parmi les plantes les plus rapides du monde.


Les usages issus du bambou dépendent de sa croissance. Cette plante s’utilise dès 30 jours dans le domaine de la cuisine, les jeunes pousses ou turions se combinent dans de nombreux mets grâce à leur goût ressemblant à un mixte d’artichaut et de noisette. Après une année de croissance il s’utilise dans la filière du textile. De nombreux produits apparaissent à cette étape. Ce travail de tissage des fibres de bambou permet d’obtenir de nombreux objets et mobilier (panier, abat-jour)… Les tissus provenant de cette étape peuvent s’employer dans le bâtiment comme revêtement muraux, tapis de sol… La fabrication de produits à partir du bambou est sans aucune limite, il apparaît dans tous nos objets utilisés au quotidien. A partir de deux ans le bambou peut s’employer dans la construction au travers de matériaux de remplissage non-structurant. Le bambou ou l’acier vert s’utilise comme élément structurel en fonction des espèces dès 3 à 4 ans. Très peu d’espèces végétales évoluent aussi rapidement pour un emploi constructif.


J..Janssen pionnier de la recherche structurelle du bambou et enseignant en mécanique appliquée à la faculté d’Eindhoven nous informe dans nombreux de ses ouvrages (Mechanical properties of Bamboo…) que le bambou a une durabilité courte dans le temps. On peut quantifier sa tenue dans le temps en fonction de son application et de sa mise en œuvre. La durée de vie du bambou en contact avec le sol en clos couvert est de 0 à 3 ans, de 4 à 6 ans sous couvert sans contact au sol. Dans de bonnes conditions de stockage et d’utilisation, sa durée de vie passe entre 10 et 15 ans et peu s’étendre à 40-50 ans à l’aide d’un traitement naturel ou chimique. Bien entendu le caractère périssable du bambou invite les constructeurs à concevoir l’architecture en bambou modifiable ou évolutive en fonction de temps.


Dans le but d’éviter tout contact avec le sol, il est donc conseillé aux constructeurs d’habitat en bambou d’utiliser des platines en acier galvanisé mises en forme de tube creux permettant l’insertion des cannes et évitant tout contact de celles-ci avec le sol. Cette durée amène de nouvelles expérimentations dans le but de rendre pérenne une construction issue de matériaux périssable. Le bambou peut prendre plusieurs formes selon son emploi constructif. En effet, durant son processus de croissance, il peut être contraint de manière à obtenir des arches suivant une courbure définie, il peut être comprimé de manière à obtenir des tiges carrées. Grâce à des méthodes plus connues, on peut aplatir ou courber des tiges coupées en employant des procédés permettant de le presser ou de le chauffer.


Constructivement parlant, il existe trois grandes sortes de montage des tiges entre elles :


• un système traditionnel d’assemblage à tenon mortaise ou autre qui équivaut aux assemblages utilisés dans la mise en œuvre des ouvrages en bois.


• un système d’assemblage à fixation mécanique qui utilise des assembleurs mécaniques métalliques industriels. La plupart de ces fixateurs sont en acier galvanisé, aluminium, inox. Pour le moment mais des études sont en cours sur des fixateurs issus de composants et de matériaux composites sont en cours d’élaboration.


• la troisième grande famille d’attache des bambous entre eux qui sont utilisés depuis le plus longtemps est les cordages et les nœuds.


L’acier vert est par rapport à ses caractéristiques le matériau vivant le moins stable. A l’heure actuelle aucun abaque n’a pu aboutir afin de permettre de le dimensionner et de le calculer. Un tel guide d’utilisation du bambou n’est envisageable à moins de connaître sa future évolution dans le temps. Les ingénieurs spécialistes du bambou ne sont pas encore des devins ! Lors du séchage du bambou, il peut avoir des retraits compris entre 3% et 12% de sa largeur, tout comme le bois il ne varie que très peu en longueur. La durée et les conditions de séchage du bambou nécessitent une attention et un contrôle continu.


Le caractère singulier de chaque chaume ne permet pas une mise en œuvre immuable. Il faudrait des connecteurs issus de matériaux extensibles permettant de s’adapter et d’obtenir une certaine souplesse pour qu’ils puissent s’employer dans tous les cas de figure. Aujourd’hui, nous pouvons apercevoir des projets de construction en bambou en France et en Europe mais cette utilisation n’a pas vraiment de sens. Notre climat n’est pas adapté à ce matériau sinon il pousserait aussi de façon naturelle sur le territoire.


Les aspects économique et écologique sont indissociables de ce matériau. Le transport à grande échelle n’a pas de sens son utilisation. Une adaptation génétique du bambou devrait alors être mise en place pour une utilisation « européenne », dans le but de d’adapter. Ces plantes possèdent des contraintes climatiques et environnementales. Cette utilisation demanderait une organisation et une création de secteurs de recherche autour de cette plante difficile à mettre en place de nos jours par le secteur public. Ce matériau fait aussi face à la concurrence accrue d’autres productions végétales et forestière déjà mises en place depuis longtemps. Un matériau tel que le bambou aussi intéressant qu’il puisse être doit permettre de nombreuses innovations. L’ensemble des matériaux dits écologiques doivent être utilisés à bon escient en fonction de leurs paramètres. Une architecture mondialisée ne renverrait-elle pas la perte de certaines cultures constructives propres à leur environnement ?

Commentaires