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Comment concevoir en bois de manière écoresponsable ?

Par Alexandre Douet - Modifié Il y a 2 mois

Lecture 5 minutes

Comment concevoir en bois de manière écoresponsable ?

CC BY 2.0 Rick Massey

Le bois est souvent associé à une matière écologique, recyclable, décarbonée. Qu’en est-il vraiment ? La mondialisation nous met à disposition du bois venant des cinq continents, quel est l’impact carbone de ces importations ? Je pense notamment au chêne qui est envoyé en Chine afin que des meubles, du parquet soient fabriqués. Ils sont ensuite réimportés en France. Peut-on encore dire de ces ouvrages qu’ils sont toujours écoresponsables malgré le fait qu’ils soient en bois ?


Dans ce contexte, quels sont les éléments à prendre en compte pour fabriquer durablement ?

Afin de pouvoir affirmer qu’une matière comme le bois respecte l’environnement il est, je suppose, important de considérer certains critères :


1. La distance


La matière est géographiquement située, dans l’idée de vouloir réduire au maximum l’impact de l’acheminement de celle-ci vers sa transformation dans nos ateliers. L’idéal serait de réduire autant que possible la distance qu’elle doit parcourir. En effet, entre choisir un bois de pays, cultivé et exploité dans sa région, ou bien, un bois exotique, qui aura parcouru des milliers de kilomètres, l’impact carbone n’est pas le même.


2. Les propriétés mécaniques


Chaque essence de bois a des caractéristiques (esthétique, durabilité, densité, résistance aux insectes…) qui déterminent son utilisation. Un classement est attribué de 1 à 5, on parle alors de classes d’emploi. Dans la réalisation par exemple d’une terrasse extérieure selon le DTU 51.4, les bois doivent être de classe 4. Certaines essences exotiques comme le teck, le padouk, ou encore l’ipé, sont naturellement de classe 4 et donc exemptées de traitement de préservation.

En France, seul le robinier est naturellement de classe 4, cela explique peut-être le développement des moyens de préservation sur des bois de classe inférieure afin d’obtenir la résistance souhaitée.

Cependant, les traitements de conservation nécessitent (pour la plupart) un processus industriel, souvent énergivore ou chimique (autoclave, acétylation, bois rétifié, etc.). A titre d’exemples, il y a le pin, classe 2. Après traitement, il passe en classe 4.

En fonction de la nature du projet et de ses spécificités et afin de répondre à des critères dits « écoresponsables », pouvons-nous dire qu’un bois exotique avec une certification officielle et n’ayant pas besoin de traitement de préservation est plus écologique qu’un bois de pays étuvé ? 

3. L’énergie grise du bois.


Ce qu’on appelle l’énergie grise ou énergie intrinsèque est la quantité d’énergie consommée lors du cycle de vie. Le bois est également concerné. On dit généralement qu’il est peu émetteur d’énergie grise par définition car il est peu transformé.


Le mode de calcul de cette énergie grise comprend : 

• la localisation du bois sur pied (la forêt), 

• son transport généralement dans une scierie, 

• le débit de la grume, 

• son traitement éventuel de préservation, 

• son transport chez l’artisan, 

• sa transformation en mobilier, 

• l’acheminement de l’ouvrage chez le client, 

• son utilisation et son recyclage.


Comme évoqué précédemment, le choix géographique du bois, son fournisseur, la durabilité recherchée et les moyens de préservation employés pour rendre un bois plus durable ont un impact certain sur l’énergie grise du matériau.


4. Recyclage


Le choix du traitement de votre bois, la finition que vous allez lui apporter peuvent avoir un impact significatif sur son utilisateur, mais également sur le recyclage futur de votre ouvrage. On parle généralement de COV. Il s’agit de composés organiques volatils qui imprègnent votre bois et qui rejettent de quelques jours à plusieurs décennies des gaz inodores dangereux.


Un des plus connus, malheureusement de par sa dangerosité est le formaldéhyde. Il est encore utilisé aujourd’hui dans la réalisation de certains panneaux. 


Dans l’idée d’avoir un ouvrage pérenne pour l’environnement, il faudrait alors dans la mesure du possible favoriser le bois massif, les panneaux en bois lamellé-collé ou encore les panneaux sans urée-formaldéhyde. De même, il faudrait privilégier les finitions sans solvant en utilisant l’huile, la cire et certaines gommes laques.



Photo par Alex Qian


50 ans après, les traverses de chemin de fer contiennent encore des produits de préservation classés aujourd’hui comme cancérigènes.


5. Bois décarboné


Vous avez certainement déjà entendu que le bois était un puits à carbone. De quoi s’agit-il. En quoi la construction d’ouvrage en bois massif serait bénéfique à la planète ?

Par le principe de photosynthèse, l’arbre va absorber puis consommer une partie du CO2 pour se développer mais également rejeter de l’oxygène. Ainsi plus l’arbre va croître, plus sa capacité à stocker du CO2 et restituer de l’O2 sera importante. 



Illustration: At09kg CC BY-SA 4.0


Quand l’arbre est coupé, le CO2 contenu dans ses cellules est enfermé et ce durant toute la durée de vie de l’ouvrage. Ce n’est que lorsque qu’il sera brûlé que le CO2 retournera dans l’atmosphère.

Afin de pouvoir affirmer que le bois est un puits à carbone, il faut cependant respecter deux règles.

La première : L’arbre doit provenir d’une forêt gérée durablement, c’est-à-dire où le nombre d’abatages est compensé par le nombre de plantations. Le fait de couper un arbre afin de réaliser une menuiserie ne fait que de déplacer un stock de carbone existant. Il est pour cela indispensable de replanter afin de reconstituer ce stock.


La seconde concerne la durabilité de l’ouvrage à réaliser. Si l’ouvrage est une charpente, celle-ci emmagasinera pendant des siècles le carbone, mais qu’en est-il d’une terrasse en bois où la durée de vie est généralement de 10 ans ? Il n’y a pas de durée minimum, l’idée est de créer un ouvrage qui perdurera dans le temps.


Avec sa capacité à emmagasiner du dioxyde de carbone pendant sa croissance, le bois obtient un certain avantage contrairement au béton par exemple. Il nécessite peu d’énergie carbonée pour son extraction. Il affiche donc une émissivité négative, l’énergie nécessaire à son extraction est inférieure à sa capacité de stockage.




6. Résumé


Le bois renvoie l’image d’une matière durable, écologique, pérenne. Cependant, en fonction des choix stratégiques lors de l’élaboration d’un projet, les facteurs écologiques, permanents, durables peuvent sensiblement être différents. 

Pour des questions techniques, les bois exotiques sont régulièrement mis en œuvre. Cependant de par leurs provenances souvent lointaines, l’impact écologique s’en retrouve affecté.


Afin de réduire ces importations, des résineux sont traités, par exemple en autoclave, ils sont par la suite plus résistants aux agressions extérieures, mais imprégnés de produit chimique, ils sont plus difficiles à recycler.


Le bois stocke une partie de nos émissions de dioxyde de carbone. Cette capacité prend fin avec le recyclage de l’ouvrage. 


Les choix que nous réalisons ne vont pas toujours dans un sens responsable de la matière. Faut-il s’en inquiéter pour autant ? 







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