Raphaël Ménard, ingénieur et chercheur, était l’invité de La Terre au carré sur France Inter le 12 janvier 2026. Une heure de radio dense, pour nous parler de l'histoire énergétique de l'architecture et donc de la construction.
Ayant consacré sa thèse à l’architecture fossile : cette façon de concevoir des bâtiments comme si l’énergie bon marché et abondante, ma disponibilité des ressources non renouvelables, allait durer éternellement.
Une architecture qui décide et attend que la matière suive.
Autrement dit, on a construit des décennies durant en ignorant la matière, les flux, les contraintes physiques réelles. On a fait primer l’esthétique ou le programme sur la sobriété structurelle.
Fait : le secteur du bâtiment représente encore aujourd’hui près de 45 % de la consommation d’énergie finale en France. (Rénovation énergétique)
Ce chiffre n’est pas une fatalité technique — c’est en partie l’héritage d’une culture de conception qui a longtemps sous-estimé le rôle de la matière, de l’orientation, de l’inertie, du détail constructif.
Et là, Ménard dit quelque chose de fort pour les artisans et les formateurs : "Construire du neuf coûte écologiquement beaucoup plus cher que transformer." Réparer plutôt que démolir. Adapter plutôt que reconstruire. Ce n’est pas un slogan militant, c’est une réalité physique, mesurable en énergie grise, en carbone embarqué, en ressources mobilisées.
Quels enseignements ?
Le respect de la matière, énergie & ressource, c'est la valorisation de la compétence et du geste métier. Un rapprochement du territoire et des techniques vernaculaires, à placer dans le contexte climatique, mais un intérêt du local et donc d'une certaine façon du voyage😉
Nous n'avons plus les ressources (matériaux et surfaces), ni l'énergie pour le neuf. Ou comme le disait Dominique Gauzin-Müller a propos du béton, "le ciment et le sable sont devenus des matériaux précieux".
https://www.dailymotion.com/video/x75blgx
Voila ;les ressources et l'énergie sont (re)devenus précieux, il faut se questionner sur ce que cela coûte à la terre.
A suivre
L’émission complète est disponible en podcast sur France Inter — elle vaut vraiment une heure de votre temps, Un audio sympa à l'atelier ou le chantier.
Une histoire énergétique de l'architecture : épisode du podcast L’architecture face aux défis climatique et écologique
AUDIO • L’architecture face aux défis climatique et écologique, épisode : Une histoire énergétique de l'architecture. Une série inédite proposée par France Inter. Écoutez La Terre au carré, et découvrez nos podcasts en ligne.
La thèse de Ménard est accessible librement sur HAL : une ressource sérieuse pour qui veut creuser les fondements théoriques. Il a publié d’autres ouvrages et articles aussi.
Energie, Matière, Architecture
Cette thèse explore les relations entre l’architecture, l’énergie et la matière. Elle analyse l’influence de la disponibilité des matières et des énergies sur les métamorphoses de l’architecture au cours des âges. Elle présente les fondements d’une architecture renouvelable et d’un urbanisme soutenable, capables de s’affranchir des énergies fossiles et des matières non renouvelables. À cette fin, ce travail crée un pont entre deux approches : d’un côté celle issue d’une culture technique, auscultant la durabilité par des métriques de soutenabilité, de l’autre, par des réponses fruits de l’art de concevoir, de la culture du projet, d’une approche humaine et qualitative des enjeux environnementaux. Ce mémoire comporte 29 chapitres répartis en trois parties, chacun d’une vingtaine de pages, rédigés de telle sorte à permettre une lecture autonome.
La première partie « Une histoire en sept temps » consiste en une brève histoire de l’architecture, narrée selon sept séquences (du temps I au temps VII), dont le postulat est le suivant : la disponibilité et l’usage des énergies et des matières, leur caractère renouvelable ou non, sont les déterminants essentiels de l’art de bâtir et d’aménager. Selon cette dissection chronologique, en comparant les flux d’énergies et de matières, cette partie analyse sur un même plan plusieurs références à travers les âges. Plus tard, et depuis la Modernité, cette partie se positionne sur les impasses de théories ou de références considérées comme durables, qui porteraient tantôt - parfois excessivement - leur regard sur l’énergie (le temps V), ou au contraire sur la matière (le temps VI). Toujours selon ce référentiel énergie-matière, cette section ausculte des architectures singulières, les énergies renouvelables, ferments du temps VII, le terme de cette fresque.
La deuxième partie « Éléments d’architectures renouvelables » propose des chapitres plus techniques, permettant d’aller plus loin sur les aspects quantitatifs du temps VII, ce nouveau paradigme de soutenabilité, intégrant également les contingences de l’urgence climatique. Pour cela, cette section fournit des outils pour dimensionner et proportionner un art de « concevoir renouvelable », à l’aune de quelques invariants terrestres. Cette partie interpelle les enjeux temporels et décrit la métrique des temps de retour écologiques ; elle propose quelques clés pour des aménagements soutenables, gouvernés d’abord par les densités de population. De façon plus personnelle, cette partie s’aventure dans le champ politique avec quelques propositions pour engager les transformations nécessaires : elles reflètent plus globalement les prises de position, parfois radicales de l’auteur, sur l’ensemble de ce document.
Toutefois, sans pouvoir « donner forme » à ce temps VII, la troisième partie « Projets illustrés » décortique des expériences personnelles, réinterrogées selon les résultats des deux parties précédentes. Ce choix de projets, au cours de vingt années de pratique, illustre un large spectre d’expérimentations, de la petite jusqu’à la grande échelle, avec un regard rétrospectif volontiers critique. Avec quelques résultats nouveaux pour le temps VII, quelques chapitres proposent des développements théoriques afin de tester la dépendance des impacts énergie-matière à la dimension des artefacts analysés.
À croiser avec les travaux de l’ADEME sur l’énergie grise et les fiches métiers de l’Observatoire du BTP, déjà référencées ici sur DuMétier.

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